C'est une très bonne question et j'y vois essentiellement trois réponses.
1. Si l'on n'a pas la curiosité intellectuelle de se pencher sur le problème (pour des raisons diverses mais essentiellement à cause de la raison 3.), on ne comprend pas le mécanisme qui peut engendrer l'agression du corps, quelle qu'elle soit, et qui conduit à la pathologie avec tous ses effets indésirables. Par exemple, a priori, pour une SEP, de nombreuses personnes refusent d'envisager qu'il est même possible que l'alimentation a un impact sur la maladie. Parce que la SEP, c'est le système nerveux, pas le système digestif. Rien à voir donc. L'alimentation est un véritable tabou social, parce que d'une part elle est un héritage de notre culture et représente notre identité (l'alimentation est l'un des aspects culturels les moins "abandonnés" lorsqu'on se retrouve dans un pays étranger, même la langue est parfois abandonné plus facilement), et d'autre part je pense que les gens ne veulent pas l'accepter car cela signifierait qu'eux-mêmes s'exposent à des problèmes de santé. Je suis persuadé que la majorité des gens seraient moins choqués s'ils savaient que l'on se soigne en faisant du yoga chaque hiver en pleine taïga.
2. Aucune étude n'a été publiée dans une revue scientifique quant aux bien-fondés de ce régime. Non seulement Seignalet n'a pas été publié, mais il n'a pas (à tort, à raison, chacun décidera) effectué d'étude dite "en double aveugle", ce qui pour moi est en partie fallacieux :
- Seignalet a donné ses chiffres, sur un échantillon qui est, tout de même, assez représentatif (pas loin de 100 personnes pour certaines pathologies), pas besoin de faire d'étude en double aveugle pour comparer son régime à l'absence de régime, il suffit de prendre le reste des malades et de voir ceux qui sont venus en rémission sans rien faire.
- Le "en partie" est là pour nuancer dans la mesure où, effectivement, on n'a pas pris un échantillon de 100 personnes en leur disant "Voici du pissenlit, prenez en tous les jours jusqu'à la fin de votre vie et vous n'aurez plus de symptômes". C'est là où on ne peut pas contredire les médecins allopathiques dans la mesure où l'argument du psychosomatique est imparable. Seignalet et d'autres n'accordent qu'un rôle "catalyseur" au stress dans les pathologies, mais finalement il se pourrait tout aussi bien que le stress soit une cause à part entière et ça on ne peut pas le prouver rigoureusement en l'état actuel de nos connaissances. Evidemment, ne vous méprenez pas, je ne suis pas médecin mais j'ai moi-même le même avis que Seignalet sur la question.
3. Enfin et je pense que c'est le point le plus important, accepter que ce régime puisse avoir de l'importance, c'est reconnaître qu'on s'est trompé pendant de nombreuses années, c'est minimiser l'importance du médecin, c'est remettre en question son rôle au sein de notre société : le médecin est celui qui soigne les gens, celui qui a fait de longues études pour arriver là où il est aujourd'hui, celui qui a une connaissance pointue des mécanismes du corps. Qu'un "non-médecin" affirme : "je pense que votre approche du soin des maladies n'est pas la bonne, que vous ne vous intéressez qu'aux conséquences et non pas aux causes, en somme, que vous vous trompez depuis le début" (car c'est bien ça que représente le régime Seignalet), une infime minorité des médecins sont capables de l'accepter. Alors même parmi ceux qui acceptent de lire Seignalet, une grande partie s'accrochera à la critique de ses idées en ce qu'elles sont plus des intuitions que des faits scientifiques établis (et pour cause, on ne peut pas les prouver !) : l'alimentation "ancestrale", la présentation de ses résultats ("améliorations à 50%", ça ne veut rien dire dans la mesure où cela touche à du subjectif, cela dépend du patient à qui l'on demande de juger l'évolution de son état de santé, etc.), et de nombreuses autres choses. Et c'est vrai qu'il y a des choses aberrantes dans le livre de Seignalet, des choses qui font que parfois le doute est permis, comme l'expérience des souris de Joyeux avec des résultats à 0% 50% et 100%, qui croira à de tels chiffres "parfaits" ? Peut-être que Seignalet a pu se tromper sur certaines choses, ça n'a pas empêché d'autres de continuer ses travaux, de les améliorer, et surtout, ça n'empêche pas l'immense majorité de son oeuvre d'être une véritable révolution. Mais le reconnaître est très dur, surtout pour un médecin... Cela me rappelle un article que j'ai lu récemment où un agriculteur expliquait comment il était difficile pour les agriculteurs conventionnels de se mettre au biologique, car cela signifiait accepter qu'on avait "mal fait" toute sa vie. Lui-même avait mis plusieurs années avant de se lancer dans le bio.
Bref j'ai écrit un pavé, désolé
